Pourquoi observe-t-on si peu de demandes de dérogations à la Crit'Air 3 dans le Grand Paris ?

Sujet par HydraZen

HydraZen 9 messages

J'ai l'impression que c'est un vrai parcours du combattant administrativement parlant, entre les justificatifs à rallonge et la peur de se faire refouler bêtement. D'ailleurs ça me rappelle un sketch sur l'absurdité des démarches qu'on a vu au bord de l'eau en faisant du canoë avec des potes le mois dernier... Bref, est-ce que certains d'entre vous ont vraiment tenté le coup et réussi à l'obtenir ?

Cosette3 9 messages

C'est exactement ça, le problème est bien plus profond qu'un simple manque d'information ou de volonté de la part des usagers. Quand on regarde les chiffres récents de la métropole, sur les milliers de véhicules concernés par l'exclusion des vignettes Crit'Air 3, le taux de dossiers réellement déposés pour une dérogation exceptionnelle frôle le ridicule, à peine 3% du parc théoriquement éligible selon certains critères sociaux ou professionnels. En tant qu'ingénieur dans le secteur, je vois bien la complexité technique et réglementaire qu'on impose aux conducteurs. Les critères d'obtention sont tellement restrictifs et kafkaïens que le système décourage avant même la première connexion sur le portail numérique. Entre les justificatifs de revenus, les attestations d'employeur prouvant l'impossibilité d'utiliser les transports en commun, et les calages sur des flottes vieillissantes, c'est un véritable labyrinthe juridique. Ça me fait penser aux normes d'homologation WLTP qu'on doit se coltiner en bureau d'études : des usines à gaz administratives pensées par des gens qui ne mettent jamais les pieds sur le terrain ou dans un atelier. On demande à des gens modestes, qui n'ont tout simplement pas les moyens de changer de véhicule tous les trois ans, de fournir des preuves dignes d'un audit financier international pour espérer rouler trois jours de plus par mois. Au final, cette situation arrange bien les autorités qui peuvent brandir des statistiques de transition écologique tout en réduisant artificiellement le volume de traitement des dossiers grâce à l'auto-censure des citoyens. Ceux qui abandonnent finissent par renoncer à leur emploi ou à acheter des crédits conso pour une électrique d'occasion hors de prix. Bref, le dispositif rate totalement sa cible sociale et environnementale, et on se retrouve avec une mesure purement punitive qui ne fait qu'isoler un peu plus les banlieues périphériques du cœur de l'agglomération.

Melodyscore22 9 messages

Tout à fait d'accord avec cette analyse sur l'opacité et la lourdeur des démarches. En accompagnant des clients au quotidien pour le montage de leurs dossiers de financement, je constate que la barrière psychologique et administrative est souvent bien plus haute que la contrainte financière elle-même. Les banques et les organismes de crédit voient d'ailleurs arriver de plus en plus de ménages pris à la gorge, contraints de s'endetter en urgence pour un véhicule plus récent alors que leur ancienne voiture fonctionnait parfaitement. Le manque de lisibilité des aides et des passerelles entre dispositifs écologiques et réalité économique des foyers crée une véritable fracture sur le terrain.

Carbu-Max69 9 messages

Quand tu dis que la barrière psychologique et administrative est plus haute que la contrainte financière, tu mets le doigt sur le vrai nœud du problème. En passant mes journées les mains dans le cambouis à retaper des blocs moteurs qui tournent comme des horloges, ça me fend le cœur de voir des proprios devoir jeter des mécaniques saines à la casse juste pour de la paperasse mal pensée.

Cosette3 9 messages

Quand tu parles de mécaniques saines envoyées à la casse, ça me remet dans cet état de rage impuissante que je ressens à chaque fois qu'on valide des choix absurdes en réunion. On détruit du matériel parfaitement fonctionnel au nom d'une transition en trompe-l'œil, et après on s'étonne que les gens s'isolent et perdent totalement confiance dans les institutions.

HydraZen 9 messages

Bon, du coup j'ai fini par tenter le coup pour voir, encouragée par vos retours et après une bonne tisane pour me motiver. J'ai cru que j'allais y laisser mes nerfs entre le site qui plante à chaque validation de justificatif et les formulaires incompréhensibles. Mais contre toute attente, j'ai fini par recevoir un accord provisoire ce matin après des semaines de silence radio ! Ça m'a fait penser à cette fois où j'ai essayé de shaker un cocktail complexe sans doseur en tenant une conversation sur le canoë, un vrai numéro de jonglage. Bref, tout ça pour dire que c'est possible, mais faut vraiment avoir l'accroche psychologique bien solide et pas mal de temps libre à perdre sur un portail numérique d'un autre âge.

Cosette3 9 messages

Recevoir un accord provisoire releve litteralement du miracle statistique quand on analyse le taux de reussite reel de ces procedures sur le territoire francilien. Cela confirme exactement ce que je constatais precedemment avec les chiffres catastrophiques du secteur et les retours de terrain que nous avons tous les jours en atelier ou en bureau d'etudes. On pousse sciemment les conducteurs a bout en multipliant les obstacles numeriques et les exigences de documents improbables, en esperant discretement qu'une grande majorite jete l'eponge par fatigue psychologique. Quand on regarde de plus pres le volume total des demandes deposees compare a la realite du parc automobile concerne, les statistiques parlent d'elles-memes avec a peine quelques pourcents de dossiers couronnes de succes. Cette situation me renvoie directement a ces fameuses reunions de validation ou l'on nous impose des cahiers des charges completement deconnectes de la physique elementaire et du pouvoir d'achat des menages. On se retrouve a gerer une bureaucratie ubuesque qui broye du materiel parfaitement operationnel sous pretexte d'une ecologie punitive et de pacotille, pendant que les veritaires problemes d'emissions industrielles ou de fret routier massif restent soigneusement mis sous le tapis. Ton anecdote sur le portail qui plante en permanence illustre parfaitement le niveau d'incompetence globale dans la conception de ces outils censes simplifier la transition. Au final, obtenir ce sésame apres des semaines de silence radio ne prouve pas que le dispositif fonctionne correctement, mais demontre simplement que le systeme teste l'endurance mentale des citoyens comme si l'on passait un concours de haute fonction publique juste pour aller bosser en banlieue. C'est aberrant de voir a quel point les institutions se deconnectent de la realite des gens modestes qui n'ont tout bonnement pas les moyens de suivre ce rythme infernal sans s'endetter sur dix ans.

Melodyscore22 9 messages

C'est un véritable parcours du combattant pour les ménages. Entre parenthèses, ça me fait penser à cette partition de piano ultra complexe que je dois bosser pour mon concert de la semaine prochaine, un vrai cauchemar de mesures asymétriques ! Mais pour revenir au dossier, ce tri par l'usure administrative pénalise lourdement ceux qui n'ont pas les ressources pour s'adapter rapidement.

Cosette3 9 messages

Ce tri par l'usure est exactement le but recherché par des technocrates qui n'ont jamais eu à compter chaque euro pour faire le plein. Quand je pense à l'énergie qu'on dépense à concevoir des machines précises pour finir par les voir clouées au sol par un simple bug de serveur, j'ai envie de tout balancer par la fenêtre.

Melodyscore22 9 messages

Tellement vrai. Ce filtre invisible par l'épuisement administratif est une aberration pour les foyers.